
Éditions de l'ill
LA SOCIÉTÉ TERMINALE
3. Amours Artificielles
par Patrick SCHMOLL
ISBN 978-2-490874-14-9 (version numérique)
Les modèles du lien amoureux sont étroitement liés aux genres littéraires qui en dictent les scripts, mais également aux supports (livres, cinéma, internet…) qui véhiculent leurs contenus.
Depuis le XIIe siècle, la figure de l’amour-passion s’impose comme la référence de nos rencontres et de nos relations amoureuses et sexuelles. Or, elle est un artefact, le produit d’une convergence entre les contenus de la littérature romanesque qui naît à cette époque, et de nouveaux usages du livre, désormais lu en privé silencieusement et intériorisé. Les médias de masse contemporains (la télévision et le cinéma en particulier) ne remettront pas en cause le principe vertical au fondement de cette narration : un auteur dicte à un lecteur ses choix amoureux et les scénarios d’une addiction à un objet exclusif.
Que devient ce modèle au tournant du millénaire, qui voit les supports de communication affectés par des transformations profondes ? Rencontres en ligne, cybersexe, pornographie, téléphonie mobile, adjuvants médicamenteux : les technologies de réseau accompagnent l’invention de nouvelles figures de la rencontre et de la relation. Rompant avec le régime du livre et des médias de masse, elles instaurent une communication plurielle, égalitaire et réciproque, qui diffuse dans nos manières de vivre et de penser le rapport à l’autre… à plusieurs autres.
Dans un univers relationnel précarisé par l’individualisme, la quête forcenée d’amour permet au romantisme de continuer à exalter ses idéaux. Mais dans le même temps, nos pratiques amoureuses et sexuelles en contredisent constamment le paradigme.
Patrick Schmoll est docteur en psychologie et diplômé de sciences politiques, d’histoire et de sociologie. Il a fait l’essentiel de sa carrière, de 1977 à 2020, au CNRS (Centre national de la recherche scientifique), où il a notamment contribué au lancement de la revue de linguistique Scolia jusqu’en 2000, puis a été rédacteur en chef de la Revue des sciences sociales jusqu’en 2014.
Acteur local de l’innovation à Strasbourg, il a participé au début des années 2000 à plusieurs projets de jeu vidéo et de serious games, et a cofondé la société Almédia et le studio de jeu vidéo Ernestine. Passé dans le privé en 2021, il est directeur scientifique de PSInstitut et des Cahiers de systémique.
Sur le plan scientifique, il poursuit depuis vingt-cinq ans un travail de recherche en anthropologie des techniques, sur la médiation du lien social par les technologies de communication (communautés virtuelles, construction en réseau du soi et de l’autre, rencontres en ligne, ludicisation du social). Il a contribué à la structuration, autour de la revue Sciences du Jeu, du champ des « game studies » francophones.



