top of page
  • Icône social Twitter
  • Icône social LinkedIn
  • Icône social Facebook
CS-bandeau2.png

Appel à articles pour un numéro à paraître en 2027

Vieillissements

Je vieillis, nous vieillissons : De la complexité des vieillissements pluriels

 

numéro coordonné par Lydie Bichet & Christophe Humbert

Ce numéro propose d’aborder un phénomène largement partagé mais rarement traité à partir d’une lecture explicite des dynamiques de systèmes complexes : le vieillissement, entendu à la fois comme processus biologique (cellules, organes, organisme), biographique (trajectoires individuelles marquées par des épreuves, p. ex. : veuvage, perte d’autonomie), et collectif (transformations démographiques, institutionnelles et culturelles). Depuis le tournant des années 1980 et plus encore 2000, l’enjeu a été fortement publicisé, notamment dans les pays occidentaux, où il est fréquemment saisi sous l’angle de ses conséquences socio-économiques et sanitaires autour : des retraites ; des systèmes de santé et de soins appelés à innover (Braccini et Humbert, 2025) pour gérer les transformations épidémiologiques liées notamment au vieillissement de la population ; des conditions d’hébergement ; des débats sur la fin de vie ; et in fine, de la recomposition des solidarités publiques et privées. Ce cadrage dominant a conduit à la construction sociale du vieillissement comme « épidémie » (Amyot, 2014), qu’il conviendrait d’endiguer par des moyens médicaux et gestionnaires.

L’appel invite à déplacer la focale : plutôt que de réduire le vieillissement à un état biologique ou à une addition de fragilités individuelles, il s’agit d’en faire un objet d’analyse des agencements qui le produisent et le transforment. La construction du vieillissement démographique comme problème public renvoie, d’une part, à une tradition de diagnostic par les nombres. Alfred Sauvy, précurseur en la matière, a décrit le vieillissement de la France à la fois comme un rapport statistique entre des groupes d’âge conventionnellement délimités, en même temps qu’une menace pesant sur les ressorts vitaux de la nation (Sauvy, 1928). D’autre part, cela sous-tend le déploiement de technologies macropolitiques de sécurité et de gouvernement des populations, fondées sur la régulation statistique des processus biologiques, tels que les naissances, la mortalité et la longévité (Foucault, 2004). Dans cette perspective, un phénomène tels que l’isolement social aux âges avancés, croissant depuis plusieurs années, peut être saisi comme étant produit par des configurations socio-territoriales, institutionnelles et matérielles, ayant conduit à la « mort sociale » 750000 personnes en 2025 (+ 150% en 8 ans selon : Petits Frères des Pauvres, 2025) plutôt que comme de simples déficits relationnels. Le déploiement de ces configurations sous-tend une inscription dans les lieux et objets de représentations sociales. En effet, le discrédit de la vieillesse et les logiques âgistes peuvent se traduire dans l’organisation des territoires et des espaces publics, à travers des aménagements, des usages et des normes implicites qui tendent à rendre les personnes âgées moins visibles, moins légitimes ou moins désirables dans l’espace social.

Pour rendre cette approche opératoire, le numéro encourage une attention particulière aux infrastructures du vieillissement : l’ensemble des lieux, objets, routines, acteurs, ressources et règles qui conditionnent, au quotidien, la possibilité des liens, de l’autonomie et des soins. Penser en termes de systèmes imbriqués conduit ainsi à interroger les couplages entre niveaux (biologique, biographique, organisationnel, territorial), les rétroactions (entre dispositifs et comportements, normes et pratiques, ressources et vulnérabilités), ainsi que les ruptures et réajustements qui scandent les parcours.

Les articles proposés pourront s’inscrire dans les axes suivants :

  1. Organisations, dispositifs et environnements sociomatériels : Il s’agit d’interroger la manière dont, dans les organisations accueillant des personnes vieillissantes, s’articulent règles institutionnelles, pratiques professionnelles, espaces matériels et expériences vécues du vieillissement. Les analyses pourront montrer comment ces éléments façonnent les interactions d’accompagnement et de soin et le rapport à soi et à son âge.

  2. Objets techniques et dispositifs numériques : Les objets techniques et dispositifs numériques peuvent être considérés comme des actants (Latour, 2006) des situations de vieillissement. On peut ainsi analyser comment leur usage, non-usage ou détournements s’ancre dans des contextes sociaux, organisationnels et territoriaux, et comment les « scripts » qu’ils embarquent peuvent soutenir les capacités… ou au contraire renvoyer la personne à ses difficultés.

  3. Territoires, échelles et écosystèmes : Les territoires du vieillissement au sens large peuvent être entendus comme des espaces socialement et matériellement construits, traversés par des normes, des usages et des rapports de pouvoir. À différentes échelles (du domicile au pays d’habitation, en passant par les dispositifs locaux), on pourra montrer comment ces cadres influencent les expériences du vieillissement et, en retour, comment les trajectoires de vie et d’avancée en âge contribuent à transformer les territoires.

  4. Ruptures et dynamiques systémiques : Cet axe invite à se pencher sur les « épreuves » qui jalonnent le vieillissement, entendus comme des ruptures fragilisant des équilibres, tout en en faisant émerger de nouveaux. On peut les analyser comme des moments de recomposition (relations, soutiens, usages des dispositifs, rapport aux lieux) et, dans une lecture systémique, comme des reconfigurations « homéodynamiques » plutôt qu’un simple retour à l’équilibre (Petitjean, Finck Et Schmoll, 2024).

  5. Vieillissements démographiques et transformations sociétales : Les vieillissements peuvent être considérés comme des faits sociaux majeurs, liés aux transformations démographiques, économiques, sociales et culturelles. À l’échelle d’une société, on pourra alors analyser les systèmes en jeu (politiques publiques, travail et soins, solidarités familiales, représentations de l’âge, rapports intergénérationnels) et leurs effets croisés, y compris de façon comparative (p. ex. : entre pays ou selon un axe Nord/Sud)

 

La systémique est de plus en plus mobilisée par les pouvoirs publics. La CNSA appelle à « développer une approche systémique [de l’isolement social] » intégrant prospective, évolutions démographiques et organisation de l’offre (CNSA, 2025, p. 9). Reste à préciser l’acception retenue : ouvre-t-on réellement la systémique à la complexité des processus qu’elle implique ? Vieillir est une dynamique qui traverse tout système complexe : les cellules meurent et se renouvellent ; de même, la disparition des individus participe au renouvellement des générations et à la continuité, voire à l’évolution, du collectif. Si nos sociétés modernes ont inclus historiquement le souci de leurs aînés et la solidarité entre générations dans le cadre d’un principe plus large d’entraide et de soin à l’égard des membres fragiles du collectif, l’approche systémique doit interroger la fonction de ce principe. De quelle façon participe-t-il à la cohésion et à la pérennité de l’ensemble ? Résiste-t-il à un contexte de réduction des moyens accordés au système de santé ?

Les contributeurs et contributrices sont invité·es à situer la description de leurs terrains dans une réflexion qui est donc à la fois éthique et épistémique. Il s’agit de ne pas considérer la prise en charge des vieillissements comme allant moralement de soi. Les contributions interrogeront la place des personnes vieillissantes et celle du « vieillir » dans les collectifs. On pourra interroger également la fonction, pour les individus et pour les collectifs, d’un accompagnement de la vieillesse et des vieillissements.

 

Références :

 

Amyot, J.-J. (2014). Innommable et innombrable : De la vieillesse, considérée comme une épidémie. Paris, Dunod.

Braccini, V., & Humbert, C. (2024). La recherche au service de l’innovation numérique en santé à l’échelle régionale : le cas des chargés de mission Ségur numérique du Grand-Est (France). Cahiers de systémique, 4, 93–113. https://doi.org/10.5281/zenodo.14832367

CNSA. (2025, septembre). Construire une politique publique de lutte contre l’isolement des personnes âgées [Guide thématique et méthodologique]. https://www.cnsa.fr/sites/default/files/2025-11/PUB-Guide-lutte-contre-isolement_VF.pdf

Foucault M. (2004), Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France (1977-1978), Paris, Gallimard / Seuil / EHESS.

Latour, B. (2006). Nous n’avons jamais été modernes : Essai d’anthropologie symétrique (La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales).

Petitjean, H., Finck, S. et Schmoll, P. (2024). Expansion et effondrement des systèmes : une discussion du concept d’homéostasie. Bulletin d’histoire et d’épistémologie des sciences de la vie, 31(1), 85-120. https://doi.org/10.3917/bhesv.311.0085.

Petits Frères des Pauvres (2025), Baromètre solitude et isolement : quand on a plus de 60 ans en France en 2025, rapport n° 10, septembre 2025, Paris.

Sauvy A. (1928), La population française jusqu’en 1956 : essai de prévision démographique, Journal de la Société de Statistique de Paris, vol. 69, p. 321-327.

 

Consignes :

 

Les propositions d’articles sont à envoyer à la rédaction des Cahiers de systémique (contact@groupepsi.com), avec un résumé et des mots-clés en français et en anglais, avant le 30 novembre 2026. Parution prévue en 2027.

Les consignes de présentation sont accessibles en ligne sur le site des Cahiers.

CS10-Vieillissements(vignette).jpg

2027

Vieillissements

logo-psinstitut.png
  • Icône Twitter gris
  • Icône LinkedIn gris
  • Icône Facebook gris

© 2020 par PSInstitut. créé avec Wix.com

bottom of page